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Portrait d’un surdoué

Portait d’un surdoué
Le surdoué, une étiquette mal interprétée qui cache un parcours chaotique et un potentiel à reconnaître à sa juste valeur.

Vous vous sentez fatigué ? Très fatigué ?… Vous déployez des quantités d’efforts sans arriver à vos fins ? Vous avez l’impression de pas réussir et d’être à la traîne ? Vous vous sentez souvent décalé et même un peu extra-terrestre ? Alors ceci est peut-être pour vous. Pour comprendre votre parcours et vous reconnecter à votre vraie nature.

Qu’est-ce qu’un surdoué ?

Un surdoué (parce que c’est ainsi qu’il a été nommé et que de nouvelles appellations émergent, comme haut potentiel ou zèbre) n’est pas quelqu’un de plus intelligent que la moyenne. C’est avant tout une personnalité différemment intelligente et qui se caractérise par une hypersensibilité. Cette hypersensibilité se matérialise par une intelligence intuitive, voire animale, qui ne rentre pas dans le moule d’un système basé sur une cognition rationnelle. Le surdoué s’intègre difficilement ou bien au prix d’un renoncement parfois suicidaire. Dans notre société, ce type d’intelligence peut correspondre à un vrai handicap.

Doté d’hypersensibilité

Le signe le plus parlant du surdoué est l’hypersensibilité. Les sens aux aguets, un cerveau en constante effervescence, capable de percevoir son environnement dans son intégralité et recevant chaque stimuli, le surdoué prend toutes les informations visuelles et auditives qu’il perçoit et doit faire le vide pour en mettre d’autres à la place. Le cerveau d’un surdoué dépense énormément d’énergie, mais pas forcément comme on l’imagine.

Le surdoué ne fonctionne qu’en intégrant les données : il travaille énormément sans que cela se voit car il n’a pas accès à sa propre connaissance. Il ne connaît pas le chemin qu’il a pris pour comprendre et intégrer. Une fois qu’une donnée est “sue” ou apprise, le surdoué passe immédiatement à autre chose sans s’attarder à expliquer le pourquoi du comment il est arrivé à intégrer. La chose est acquise et sa pensée est déjà ailleurs, dans un nouveau champ d’investigation. Son intelligence est intuitive et ce qui se passe à l’intérieur ne se voit pas à l’extérieur. Ce mode de pensée a du mal à se fondre dans une salle de classe, là où l’élève est sommé d’expliquer son raisonnement.

Le surdoué a besoin de faire émerger la connaissance qu’il a au fond de lui, si possible grâce à un interlocuteur curieux, qui le lui demande avec sincérité. Car d’inconscient à inconscient, le surdoué sait tout de suite à qui il a affaire. Le surdoué est avant tout un hypersensible qui réagit aux émotions. Soit il s’est construit en haut potentiel intellectuel (HPI) et a développé le côté intellectuel pour enterrer un vécu émotionnel trop bouleversant, soit il suit le chemin du haut potentiel émotionnel (HPE) et n’arrive pas à s’intégrer dans une société régie par la rationalité. Quel que soit son parcours, le surdoué doit réapprendre à parler à partir de son cœur, en valorisant sa différence.

Sortir masqué

Le surdoué manque totalement de confiance :“L’estime de soi, connais pas”. Dérangé par le regard des autres, honteux de sa différence, il s’adapte au refus de son interlocuteur de le comprendre, se cachant derrière une apparence trompeuse qui finit par déranger. Pourquoi suis-je venu ici ? Suis-je un extraterrestre ? L’obsession du paraître devient lancinante et il vit dans la peur que son hypersensibilité soit découverte, ce qui génère une grande honte. Il va donc tout mettre en œuvre pour faire croire qu’il est comme tout le monde.

Le surdoué utilise le contrôle de lui-même pour être accepté. Il survit dans sa bulle en transformant ses peurs en limites, devenant prisonnier de ses propres obsessions. Il s’enferme dans ce qu’il ne peut pas être de peur de perdre les liens, ne pouvant pas se couper de ses parents ou des gens qui lui sont proches. Il voile la réalité et le chagrin s’impose, un immense chagrin qui le consume.

Le surdoué ne passe pas en effet l’effet miroir et ne se réfléchit pas dans l’autre : il lui faut un jumeau pour se voir. Le schéma pour lui s’arrête à la symbiose, l’espace fusionnel avec la mère. Au moment où la mère s’apprête à sortir du monde de la mère – du “bord d’elle” – pour se séparer, le surdoué, lui, va rester dans sa bulle, la symbiose, pour être tantôt le petit, tantôt l’adulte, négociant ces deux rôles à partir de l’espace symbiotique. Chez lui il n’y a pas de coupure.

La place du surdoué, c’est la créativité

Le surdoué a besoin de passer du chagrin à la créativité. Prisonnier de ses propres limites dans un espace fantasmatique, sa limite est de ne pas pouvoir. Mais une fois compris et reconnu, une fois qu’il a les données sur lui-même, le surdoué peut transformer le chagrin en créativité.

Le surdoué vit de ses passions et s’y adonne avec des stimuli exarcerbés : une émotion par-ci, une émotion par-là, il a un fonctionnement très orgasmique en somme. En permanence en admiration, comme un enfant qui s’émerveille, il vibre de ses cinq sens. Extrêmement sensible, cela signifie pour lui être aussi très pudique et respectueux de l’espace de l’autre comme du sien.

Vivre en mode émotionnel et créatif, c’est laisser parler son cœur, son instinct, sentir les choses, écouter la lumière, regarder les étoiles… “Relax, tout va bien”, lui souffle son ange-gardien.

La Réussite du surdoué

La quête du surdoué s’intègre à un besoin de partager, de s’entourer des belles choses qu’il aime et d’accéder à ce qu’il a envie de faire. C’est être bien dans sa peau et évoluer comme il veut ou peut. La seule véritable monnaie d’échange est l’amour, tandis que l’argent n’a ni odeur, ni saveur.

Chaque surdoué finit par réussir selon un cheminement propre et atypique. Le chemin peut être long en fonction du temps de digestion et d’intégration des données (d’où certaines appellations qui émergent comme les late-bloomers). Si le HPI étouffe et efface son côté émotionnel pour privilégier le mode intellectuel qui lui permet de réussir socialement, le HPE au contraire va être complètement perdu dans un monde qui lui demande d’accorder son attention à un raisonnement au lieu de laisser son esprit vagabonder et s’émerveiller au gré des mouvements de la vie. Et tous deux se retrouveront autour de l’acceptation de leur hypersensibilité.

Le surdoué réussit en sortant de sa torpeur. Il doit transgresser ses propres limites car il s’est interdit d’être au nom de l’amour. “Je me suis interdit de…, aujourd’hui je m’autorise à…”, préconise Raymonde Hazan*. “Dans m’autoriser, il y a moteur”, ajoute-t-elle. En intégrant la dimension matérielle et en faisant de sa passion un métier bien rémunéré, le surdoué peut avancer dans un confort de vie qui lui est cher, faire fleurir la variété de ses intérêts et donner une légitimité à son travail.

L’amour ou la recherche du jumeau

Le surdoué se fonde en amour sur ses besoins : rencontrer son jumeau ou complice, le faire devenir familier, être protecteur et être protégé ; le tout, tout de suite de préférence. Pour faire face à une rencontre éventuelle, il va utiliser l’apparence pour se draper et se masquer. Les accessoires ou le rejet de ces mêmes accessoires sont autant d’outils pour entrer dans un paraître qui ne lui ressemble pas et questionner le regard de l’autre pour se sentir accepté. Que va penser l’autre de moi ?

Sa posture entraîne une confusion la plus totale : perdu dans la maîtrise de son image, poussé par ses propres besoins et incapable d’appréhender le désir qui prend forme chez l’autre, il s’oublie. La peur qu’il manifeste devient une forme de séduction, malgré lui. La confusion est d’autant plus totale que, si le surdoué se déguise, il déguise aussi l’autre en personne idéale parce qu’une magie s’opère réciproquement et malencontreusement, à travers la méprise. La relation est ainsi malheureusement faussée.

Renaître à soi-même

Le surdoué souffre quand il ne se connaît pas. Dés qu’il s’accepte, se reconnaît et comprend comment il fonctionne, au moment où il prend conscience que pour lui vouloir n’est pas pouvoir et qu’il y a certaines choses qu’il ne peut pas, sa vie prend alors une toute autre tournure. Le surdoué a avant tout besoin de lâcher le paraître et le masque, d’accepter de ne pas s’intégrer, de revendiquer sa différence et d’en faire une force. Puis de prendre son temps et d’apprendre à désirer pour construire des relations harmonieuses et satisfaisantes.

* Pour plus d’infos, regardez sur Youtube les vidéos de Raymonde Hazan, auteur, psychanalyste et créatrice de l’association Be different, ou écoutez sa Raydio sur Soundcloud ici : si vous arrivez à suivre, c’est que vous avez sans doute une sensibilité commune.

À propos de Vanina Gallo

Je prends soin de l’épanouissement des personnes par le coaching et contribue avec ma sensibilité artistique au développement harmonieux des organisations. Qu’il s’agisse d’un accompagnement pour relever vos défis professionnels et relationnels, ou qu’il s’agisse de faciliter les réflexions et visions d’un groupe par la pensée visuelle et la facilitation graphique, je vous aide à innover et à trouver les ressources pour créer la vie que vous désirez.

10 pensées pour “Portrait d’un surdoué”

    1. Merci Céline, c’était l’intention : permettre à des personnes d’être touchées, donner un sens à leurs expériences, les aider à affirmer leur manière naturelle d’être.

  1. Merci pour cet article. Je viens de découvrir que même ma fratrie me savait « anormale », que mes parents le savaient, que l’école le savait, mais que personne n’a jamais jugé bon de m’en parler! Par contre me tenir des discours que c’est normal, que non les instit’ se souviennent de moi-parce-que-j’étais-bavarde-c’est-tout-sans-plus, que non j’ai toujours été bonne éléve mais dans la moyenne normale.
    Bref! Tout ce que je sentais ne pas être vrai depuis que je suis gamine! La sensation d’être extra-terrestre, le besoin inscruté, le devoir absolu, toujours plus en profondeur de mon être de paraitre normale, de ne pas m’exprimer, de ne pas sortir du moule d’où je débordais de tous les côtés… Non pas de jeans trop déchirés, pas de vétements noirs, pas de tatouages visibles, pas de piercing… Que je regrette!!
    On peut se faire diagnostiqué aprés on est zèbre et on le reste, on peut rattraper une vie pro, une orientation, reprendre des études, … Mais s’autoriser à être soi? Ca reste très TRES difficile!! Et très bloquant! Dans mon cas, comment devenir reconnue dans son métier quand on doit dans le même être le plus invisble possible?
    « Je me suis interdit de… Aujourd’hui je m’autorise… » Je me suis arrêtée un instant. Cette phrase m’a choquée. Dans le bon sens. C’est la deuxième aujourd’hui qui me dit la même chose, la deuxième sur laquel je tombe sans chercher. La première étant « Si tu ne t’intègres pas à ce monde, c’est que tu es destinée à le changer ».
    Je ne crois en rien. Mais parfois les coïncidences n’en sont peut-être pas. Et je vais donc m’atteler à m’autoriser à changer. M’autoriser à être moi, à êre différente. Peut-être pas encore à en parler à mes parents, mais un jour j’y serais prête. Ou eux le seront. Ou je m’en ficherai vraiment…

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